{"id":15969,"date":"2025-03-27T15:29:22","date_gmt":"2025-03-27T19:29:22","guid":{"rendered":"https:\/\/beta.aa-intergroup.org\/stories\/le-chemin-du-retour-vers-moi-meme\/"},"modified":"2025-03-27T15:29:22","modified_gmt":"2025-03-27T19:29:22","slug":"le-chemin-du-retour-vers-moi-meme","status":"publish","type":"story","link":"https:\/\/beta.aa-intergroup.org\/fr\/histoires\/le-chemin-du-retour-vers-moi-meme\/","title":{"rendered":"Le chemin du retour vers moi-m\u00eame"},"content":{"rendered":"<p>C&#8217;\u00e9tait comme d&#8217;habitude, ou plut\u00f4t, c&#8217;\u00e9tait tout sauf habituel.<\/p>\n<p>Je vais commencer quelque part au milieu de mon voyage, au moment o\u00f9 tout a chang\u00e9. C&#8217;\u00e9tait le samedi 19 octobre. \u00c0 ce moment-l\u00e0, j&#8217;\u00e9tais intoxiqu\u00e9 depuis trois ou quatre mois d&#8217;affil\u00e9e, buvant quotidiennement sans interruption. Vous savez comment le temps s&#8217;estompe quand on est dans et hors de la conscience. C&#8217;\u00e9tait une rechute, une autre dans une longue s\u00e9rie de tentatives infructueuses d&#8217;arr\u00eater. J&#8217;avais tout essay\u00e9, mais rien n&#8217;avait fonctionn\u00e9. Cette fois, cependant, c&#8217;\u00e9tait diff\u00e9rent. J&#8217;avais perdu tout ce pour quoi il valait la peine de vivre. Il n&#8217;y avait plus de volont\u00e9, plus d&#8217;\u00e9tincelle en moi. Honn\u00eatement, je m&#8217;en fichais, de la vie, de la mort. En fait, la mort me semblait une mis\u00e9ricorde. Je croyais que c&#8217;\u00e9tait la raison pour laquelle Dieu me gardait en vie, comme une sorte de blague cruelle. Ma relation avec Lui \u00e9tait \u00e9trange, je me sentais abandonn\u00e9, trahi. Je ne le vois plus de cette fa\u00e7on maintenant, mais \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, je me noyais dans le ressentiment.            <\/p>\n<p>Je me suis r\u00e9veill\u00e9 ce samedi comme sur des roulettes, trop ivre pour fonctionner, mais pas assez sobre pour arr\u00eater de boire. Je ne me souviens pas dans quelle pi\u00e8ce j&#8217;\u00e9tais ni comment j&#8217;y suis arriv\u00e9. Tout ce que je savais, c&#8217;est que j&#8217;avais besoin de plus d&#8217;alcool. Je me suis lev\u00e9, j&#8217;ai achet\u00e9 une boisson et je suis retourn\u00e9 au lit. Je n&#8217;avais pas mang\u00e9 depuis quatre jours. Ma naus\u00e9e ne me le permettait pas. Je suis s\u00fbr que j&#8217;avais plus d&#8217;alcool que de sang dans les veines.      <\/p>\n<p>Ce matin-l\u00e0, mon p\u00e8re, bris\u00e9, \u00e9puis\u00e9, s&#8217;est tenu devant moi et a dit : \u00ab Nous t&#8217;emmenons en cure de d\u00e9sintoxication. \u00bb Je ne l&#8217;ai pas combattu. Je m&#8217;en fichais. Je savais que j&#8217;avais besoin d&#8217;aide, mais je n&#8217;avais aucune id\u00e9e de ce qu&#8217;il fallait faire. Je n&#8217;\u00e9tais pas du genre \u00e0 r\u00e9sister aux gens qui essayaient de me sauver, mais mon probl\u00e8me \u00e9tait diff\u00e9rent. Mais l\u00e0 encore, quel est le \u00ab cas habituel \u00bb en mati\u00e8re de d\u00e9pendance ? Cette maladie est trop rus\u00e9e pour \u00eatre cern\u00e9e.      <\/p>\n<p>Je n&#8217;\u00e9tais pas un buveur mondain. Je n&#8217;allais pas dans les bars ou les clubs. Je pensais que c&#8217;\u00e9tait une bonne chose, jusqu&#8217;\u00e0 ce que cela devienne ma plus grande chute. Personne n&#8217;\u00e9tait l\u00e0 pour me mettre en garde, pour intervenir. Je buvais pour deux raisons : pour ressentir quelque chose ou pour ne rien ressentir. Pendant longtemps, je n&#8217;ai rien ressenti. J&#8217;\u00e9tais insensible \u00e0 tout.      <\/p>\n<p>Un mois avant ce jour, mon p\u00e8re a perdu son fr\u00e8re ou sa s\u0153ur le plus aim\u00e9, une tante que j&#8217;aimais beaucoup. J&#8217;\u00e9tais l\u00e0 quand elle est morte. Nous \u00e9tions dans le village, o\u00f9 mon p\u00e8re m&#8217;avait emmen\u00e9 voir un pasteur pour qu&#8217;il prie pour moi. Quand nous sommes revenus, elle \u00e9tait partie. S&#8217;il ne m&#8217;avait pas emmen\u00e9, il aurait \u00e9t\u00e9 avec elle dans ses derniers instants. C&#8217;est pourquoi je dis que ma relation avec Dieu est amusante, les \u00e9v\u00e9nements tragiques de ma vie semblaient toujours se d\u00e9rouler ainsi. \u00c0 ses fun\u00e9railles, tout le monde a pleur\u00e9. Elle \u00e9tait tellement aim\u00e9e. Et moi, comme d&#8217;habitude, je n&#8217;ai rien ressenti. Je savais que j&#8217;\u00e9tais cens\u00e9 \u00eatre en deuil, mais j&#8217;\u00e9tais mentalement, \u00e9motionnellement et spirituellement en faillite.         <\/p>\n<p>Les choses \u00e9taient comme \u00e7a depuis quinze mois. Mais mon probl\u00e8me n&#8217;a pas commenc\u00e9 il y a quinze mois, il a commenc\u00e9 il y a quinze ans, apr\u00e8s ma premi\u00e8re d\u00e9pression \u00e0 l&#8217;adolescence. Je ne bl\u00e2me pas mon enfance, mais je sais que la vie m&#8217;a beaucoup jet\u00e9, et j&#8217;ai conclu tr\u00e8s t\u00f4t que l&#8217;existence consistait simplement \u00e0 traverser le chaos, un accident de train constant avec de brefs arr\u00eats de bonheur. J&#8217;ai fait ce qu&#8217;on m&#8217;a dit, j&#8217;ai r\u00e9ussi mes examens, j&#8217;ai jou\u00e9 le r\u00f4le attendu de moi, mais j&#8217;ai fourr\u00e9 mes probl\u00e8mes dans les coins les plus sombres de mon esprit, je les ai enferm\u00e9s dans un coffre-fort et je les ai coul\u00e9s au fond d&#8217;un oc\u00e9an d&#8217;\u00e9motions inexploit\u00e9es. J&#8217;ai jur\u00e9 de ne plus jamais ouvrir cette bo\u00eete. La boisson a fait en sorte que je ne le fasse jamais. Ce n&#8217;\u00e9tait m\u00eame pas mon plus grand vice, le tabac l&#8217;\u00e9tait, mais l&#8217;alcool \u00e9tait la cl\u00e9 qui gardait mes \u00e9motions enfouies. M\u00eame maintenant, je ne m&#8217;en suis pas compl\u00e8tement occup\u00e9. Je continue de d\u00e9terrer des souvenirs que j&#8217;avais oubli\u00e9s, et chaque fois, je suis choqu\u00e9 de r\u00e9aliser qu&#8217;ils se sont r\u00e9ellement produits.        <\/p>\n<p>Retour au 19 octobre. J&#8217;ai emball\u00e9 mes affaires et j&#8217;ai march\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 la voiture. En montant, j&#8217;ai entendu un son que je n&#8217;avais jamais entendu auparavant, comme un animal qu&#8217;on abat. Quelque chose \u00e9tait mort. Et c&#8217;\u00e9tait vrai, mon p\u00e8re pleurait comme un enfant. J&#8217;avais bris\u00e9 un homme de soixante-dix ans. J&#8217;avais \u00e9t\u00e9 tellement \u00e9go\u00efste dans ma destruction que je n&#8217;avais pas r\u00e9alis\u00e9 que je le tuais aussi. \u00c0 ce moment-l\u00e0, pour la premi\u00e8re fois depuis des mois, j&#8217;ai eu une pens\u00e9e claire : cet homme m&#8217;aime vraiment.      <\/p>\n<p>J&#8217;ai pleur\u00e9 un peu en montant dans la voiture. Mais je ne voulais pas exister. Je me suis donn\u00e9 pour mission de ne pas le faire, du moins avant d&#8217;atteindre la cure de d\u00e9sintoxication. J&#8217;ai trouv\u00e9 un moyen de me faire boire jusqu&#8217;\u00e0 un black-out s\u00e9v\u00e8re, quelque chose que j&#8217;avais perfectionn\u00e9. Dans ces derniers jours, je ne buvais m\u00eame pas beaucoup, je perdais simplement connaissance. Mon but n&#8217;\u00e9tait pas d&#8217;\u00eatre vivant, mais ce n&#8217;\u00e9tait pas non plus de mourir. Avec le recul, je r\u00e9alise que ce n&#8217;\u00e9tait pas mon corps qui rejetait l&#8217;alcool, c&#8217;\u00e9tait mon esprit. C&#8217;\u00e9tait comme si Dieu lui-m\u00eame m&#8217;appelait \u00e0 arr\u00eater, \u00e0 ne plus me faire de mal. (\u00c0 ce jour, je suis \u00e9tonn\u00e9 que tous mes organes soient encore fonctionnels.)        <\/p>\n<p>Je suis arriv\u00e9 en cure de d\u00e9sintoxication, je me suis \u00e9vanoui et j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9 directement en d\u00e9sintoxication.<\/p>\n<p>Et c&#8217;\u00e9tait le d\u00e9but de quelque chose de nouveau.<\/p>\n<p>Pour \u00eatre honn\u00eate, la d\u00e9pendance n&#8217;est pas seulement une question de tristesse, de souffrance et de col\u00e8re. Il s&#8217;agit en fait de l&#8217;oppos\u00e9 exact. Pour quiconque est confus quant \u00e0 la raison pour laquelle la d\u00e9pendance se produit, chez un parent, un ami ou un \u00eatre cher, il s&#8217;agit plus d&#8217;une solution \u00e0 un probl\u00e8me que du probl\u00e8me lui-m\u00eame. En fait, celui qui n&#8217;a pas le probl\u00e8me est souvent celui qui est confus, se demandant : \u00ab Comment fais-tu pour toujours aller bien avec tous ces probl\u00e8mes dans la vie ? \u00bb   <\/p>\n<p>C&#8217;est comme avoir une chemise sale, mais au lieu de la laver, vous en mettez une propre par-dessus. Chaque jour, vous ajoutez une autre chemise propre, recouvrant le d\u00e9sordre en dessous. Au d\u00e9but, \u00e7a marche. Mais finalement, les couches deviennent trop lourdes \u00e0 porter. C&#8217;est le cycle. Enlever les chemises semble demander trop de travail, alors vous continuez \u00e0 les empiler, tant que vous pouvez encore fonctionner.     <\/p>\n<p>Pour moi, la boisson consistait \u00e0 tout \u00e9quilibrer : le bonheur, la tristesse, la joie, le vide. C&#8217;\u00e9tait comme un rem\u00e8de \u00e0 toutes les maladies, un ami proche qui \u00e9tait toujours l\u00e0 quand personne d&#8217;autre ne l&#8217;\u00e9tait. J&#8217;aimais boire seul. J&#8217;\u00e9tais seul mais jamais solitaire, c&#8217;est quelque chose que Dieu est en train de r\u00e9parer en moi maintenant. Mes plus grands d\u00e9clencheurs \u00e9taient la solitude, la tristesse et l&#8217;ennui. Le stress n&#8217;\u00e9tait m\u00eame pas le probl\u00e8me, j&#8217;aimais travailler. Mais arr\u00eater ? Arr\u00eater, c&#8217;\u00e9tait comme organiser des fun\u00e9railles pour votre ami le plus proche, celui qui avait toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0 pour vous.       <\/p>\n<p>Et puis un jour, des gens entrent dans votre vie et vous disent que cet ami est mauvais pour vous, comme s&#8217;ils avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 l\u00e0 quand vous aviez besoin d&#8217;eux. C&#8217;est pourquoi il est si difficile d&#8217;arr\u00eater. La d\u00e9pendance est la relation la plus belle et la plus toxique, le fait est qu&#8217;elle ne se termine jamais qu&#8217;en prison, dans un service psychiatrique ou par la mort, mais d&#8217;une mani\u00e8re ou d&#8217;une autre, nous continuons comme si ces options \u00e9taient acceptables.  <\/p>\n<p>Quelqu&#8217;un pourrait lire ceci et penser : \u00ab Wow, c&#8217;est fou. \u00bb Et je dirais : \u00ab Oui, \u00e7a l&#8217;est. \u00bb Parce qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9poque, tout semblait justifi\u00e9. C&#8217;est un carrefour o\u00f9 votre ami le plus proche devient votre pire ennemi, et pourtant, vous vous retrouvez toujours \u00e0 lui pardonner \u00e0 chaque fois. Si vous pensez qu&#8217;un toxicomane boit ou consomme pour vous faire du mal, vous vous trompez. Ce n&#8217;est que d\u00e9ni et justification.     <\/p>\n<p>\u00c0 ceux qui souffrent encore, je comprends en partie ce que vous traversez. Mais voici l&#8217;essentiel, peu importe \u00e0 quel point vous le justifiez, la d\u00e9pendance est la chose la plus \u00e9go\u00efste que vous puissiez faire aux personnes qui vous aiment. Cela prouve que, dans ces moments-l\u00e0, vous ne vous \u00eates jamais vraiment souci\u00e9 de personne d&#8217;autre que de vous-m\u00eame.  <\/p>\n<p>Pour moi, ce voyage ne consistait pas seulement \u00e0 devenir sobre. La sobri\u00e9t\u00e9 n&#8217;est qu&#8217;une autre chemise propre. Mon voyage est devenu celui d&#8217;enlever chaque couche, de les laver et d&#8217;atteindre enfin mon noyau, avec Dieu comme d\u00e9tergent. Si je ne fais pas cela, je ne serai jamais libre de moi-m\u00eame. J&#8217;\u00e9tais \u00e9go\u00efste. Je dois accepter mes d\u00e9fauts et mes fissures et admettre que je ne peux pas les r\u00e9parer moi-m\u00eame. C&#8217;est tout ce que j&#8217;ai jamais fait, et cela a-t-il d\u00e9j\u00e0 fonctionn\u00e9 ? Non. Je dois compter sur quelqu&#8217;un de beaucoup plus fort que moi.        <\/p>\n<p>Certains pourraient appeler cela de la religion, mais c&#8217;est quelque chose de beaucoup plus grand. Cela ne peut \u00eatre compris que par l&#8217;individu qui le traverse. C&#8217;est un c\u0153ur bris\u00e9, un esprit bris\u00e9, une \u00e2me qui crie \u00e0 l&#8217;aide mais trop pleine d&#8217;elle-m\u00eame pour admettre qu&#8217;elle a \u00e9chou\u00e9.  <\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, je ne d\u00e9teste pas les toxicomanes. Comment pourrais-je ? Je me vois en eux. Certaines personnes pourraient \u00eatre capables de le g\u00e9rer, mais j&#8217;ai d\u00fb me retirer parce que je ne faisais pas que consommer, j&#8217;abusais. En cours de route, je n&#8217;arr\u00eatais pas de me demander : \u00ab Est-ce que je connais quelqu&#8217;un de plus de 50 ans qui consomme excessivement et qui a sa vie en ordre ? \u00bb La r\u00e9ponse \u00e9tait toujours non. Soit leur sant\u00e9, leurs finances ou leurs relations s&#8217;effondraient.      <\/p>\n<p>Tout m\u00e8ne \u00e0 l&#8217;enfer. C&#8217;est pourquoi je n&#8217;ai pas \u00e9t\u00e9 surpris de me retrouver dans un service psychiatrique. <\/p>\n<p>Les premiers mois de r\u00e9tablissement ont \u00e9t\u00e9 un cycle de d\u00e9ni, de justification et de rationalisation. Mais la beaut\u00e9 de tout cela, c&#8217;est que, pour la premi\u00e8re fois, j&#8217;ai d\u00fb faire face \u00e0 la musique, sobre. Je suis encore surpris du temps qu&#8217;il a fallu \u00e0 mon esprit pour s&#8217;\u00e9claircir, pour enfin penser \u00e0 nouveau clairement. Il a fallu presque un mois entier. Chaque matin, je me r\u00e9veillais et me sentais un peu plus normal que la veille. Pourtant, la tristesse, l&#8217;anxi\u00e9t\u00e9 et le chagrin \u00e9taient accablants, si intenses que je me demandais souvent pourquoi j&#8217;avais m\u00eame accept\u00e9 de venir.     <\/p>\n<p>Mais au milieu de la douleur, il y a eu une petite victoire : j&#8217;avais arr\u00eat\u00e9 le saignement. Je pouvais me r\u00e9veiller sans rien qui p\u00e8se sur mon esprit, et si quelque chose le traversait, je me sentais impuissant face \u00e0 cela, peu importe combien je pensais ou m&#8217;inqui\u00e9tais. Il y a un dicton : \u00ab Quand le corps est pi\u00e9g\u00e9, l&#8217;esprit est libre. \u00bb En ce sens, j&#8217;\u00e9tais plus libre que je ne l&#8217;avais jamais \u00e9t\u00e9 dans ma vie d&#8217;adulte. J&#8217;\u00e9tais tellement impuissant que l&#8217;inqui\u00e9tude a perdu son sens, j&#8217;ai simplement tout pris avec philosophie. J&#8217;appelle ces jours les jours \u00ab Je m&#8217;en fiche \u00bb, mais pas d&#8217;une mani\u00e8re imprudente ou d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. C&#8217;\u00e9tait plus un abandon, une acceptation de ma r\u00e9alit\u00e9.      <\/p>\n<p>Puis, environ une semaine plus tard, mon esprit s&#8217;est suffisamment \u00e9clairci pour commencer \u00e0 enlever les couches de moi-m\u00eame, en enlevant les chemises sales. Et c&#8217;est l\u00e0 que la vraie douleur a commenc\u00e9. Les vacances \u00e9taient termin\u00e9es et le travail acharn\u00e9 devait commencer. Je ne savais pas par o\u00f9 commencer parce que la culpabilit\u00e9 \u00e9tait suffocante, mais il n&#8217;y avait personne \u00e0 qui s&#8217;excuser. La seule personne que je pouvais pardonner \u00e9tait moi-m\u00eame, mais j&#8217;\u00e9tais aussi la personne que je d\u00e9testais le plus.    <\/p>\n<p>\u00c0 l&#8217;ext\u00e9rieur, j&#8217;avais l&#8217;air normal pour quiconque me voyait. Mais int\u00e9rieurement, j&#8217;\u00e9tais bris\u00e9. Mon esprit s&#8217;emballait constamment, mais j&#8217;ai perdu tout sens du temps, enterr\u00e9 sous le poids de tout ce que j&#8217;avais laiss\u00e9 en suspens. La d\u00e9pendance est si rus\u00e9e, si trompeuse, qu&#8217;elle vous convainc de tout sacrifier, votre travail, votre famille, vos finances, juste pour que vous puissiez continuer \u00e0 consommer. Et le pire ? Vous croyez que ces sacrifices sont justifi\u00e9s. Apr\u00e8s la fin de la phase de d\u00e9ni, je n&#8217;ai pas eu d&#8217;autre choix que d&#8217;affronter la r\u00e9alit\u00e9. C&#8217;est alors que la culpabilit\u00e9 a pris le dessus. Chaque personne que j&#8217;avais jamais bless\u00e9e est apparue dans mon esprit, me tourmentant jour et nuit. Je souffrais de moi-m\u00eame.         <\/p>\n<p>Et puis \u00e7a m&#8217;a frapp\u00e9, chaque fois que j&#8217;avais essay\u00e9 de me \u00ab r\u00e9parer \u00bb, je n&#8217;avais fait que r\u00e9parer tout ce qui m&#8217;entourait, jamais moi-m\u00eame. J&#8217;\u00e9tais le d\u00e9nominateur commun dans tous mes probl\u00e8mes. Rien n&#8217;allait jamais changer \u00e0 moins que je ne change moi. Les 12 \u00e9tapes sont devenues mon guide, ma feuille de route vers quelque chose de plus grand. Honn\u00eatement, je ne pense pas que j&#8217;aurais jamais ouvert un autre livre spirituel si ce n&#8217;\u00e9tait pas pour ce probl\u00e8me. Le programme est devenu ma porte d&#8217;entr\u00e9e vers Dieu.     <\/p>\n<p>Je ne sais pas pour les autres, mais pour moi, ce voyage ne fonctionne pas sans Dieu, \u00e0 aucun niveau. Aucune puissance terrestre ne peut r\u00e9parer cela, sinon, la d\u00e9pendance ne d\u00e9truirait pas les riches, les privil\u00e9gi\u00e9s et les prosp\u00e8res aussi facilement que les pauvres. La d\u00e9pendance ne fait pas de discrimination, quel que soit le sexe, la situation financi\u00e8re, le pays, la religion ou l&#8217;origine ethnique, personne n&#8217;est \u00e0 l&#8217;abri. J&#8217;ai donc d\u00fb accepter que je n&#8217;\u00e9tais pas meilleur que quiconque, pas m\u00eame le toxicomane le plus m\u00e9pris\u00e9 auquel je pouvais penser.   <\/p>\n<p>Comment glorifions-nous les concours de boisson et appelons-nous cela normal ? Comment entrons-nous dans un magasin chaque jour et demandons-nous une crise cardiaque ? Le nombre de fois o\u00f9 j&#8217;ai failli mourir et o\u00f9 je me suis quand m\u00eame lev\u00e9 pour boire \u00e0 nouveau, cela m&#8217;\u00e9tonne. J&#8217;ai m\u00eame \u00e9crit une note de suicide une fois, convaincu que je ne me r\u00e9veillerais pas.  <\/p>\n<p>J&#8217;avais perdu mon but et ma volont\u00e9 de vivre. J&#8217;avais un trou b\u00e9ant dans ma poitrine, et je n&#8217;ai jamais r\u00e9alis\u00e9 que j&#8217;\u00e9tais suicidaire jusqu&#8217;\u00e0 ce que je me demande : Pourquoi buvais-je pour mourir ? Je buvais pour ne rien ressentir, pour exister dans un vide. C&#8217;\u00e9tait comme se tenir au bord d&#8217;une falaise, sur le point de tomber, mais chaque fois que j&#8217;atteignais ce bord, j&#8217;avais juste besoin de plus de liqueur pour faire le saut. Et au fond de moi, je pense que je savais qu&#8217;un jour, j&#8217;obtiendrais enfin ce que je chassais.    <\/p>\n<p>J&#8217;avais obtenu des scores \u00e9lev\u00e9s dans presque tous les d\u00e9fauts mentaux, ce qui ne m&#8217;a pas surpris. Mais au moins, pour la premi\u00e8re fois, j&#8217;avais un point de d\u00e9part. <\/p>\n<p>Beaucoup appellent les d\u00e9pendances une maladie terminale, comme le cancer, ou la d\u00e9finissent comme une descente dans la folie. Les deux sont vraies. Mais au fond, ma d\u00e9pendance se r\u00e9sumait \u00e0 une chose : j&#8217;avais un choix, et je n&#8217;arr\u00eatais pas de choisir le mauvais. Pendant longtemps, je l&#8217;ai justifi\u00e9. J&#8217;ai cherch\u00e9 des raisons, bl\u00e2m\u00e9 les circonstances et me suis convaincu que ce n&#8217;\u00e9tait pas de ma faute. Mais si je continue de rejeter mon pass\u00e9 sur autre chose, alors je refuse de l&#8217;assumer. Et si je ne peux pas faire face \u00e0 mes torts, comment puis-je jamais les r\u00e9parer ?      <\/p>\n<p>L&#8217;honn\u00eatet\u00e9 est devenue ma boussole. Je me suis fait une promesse, si je ne pouvais pas parler de quelque chose ouvertement, alors c&#8217;\u00e9tait toujours un probl\u00e8me. Cette r\u00e8gle simple m&#8217;a aid\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer tellement de choses. La beaut\u00e9 du r\u00e9tablissement, c&#8217;est que chaque voyage est diff\u00e9rent. Qui suis-je pour juger comment quelqu&#8217;un d&#8217;autre trouve son chemin alors que je ne pouvais m\u00eame pas choisir le bon chemin pour moi-m\u00eame ?    <\/p>\n<p>S&#8217;il y a une chose que j&#8217;ai apprise, c&#8217;est ceci : ne jamais sous-estimer la valeur de la fraternit\u00e9. Quelqu&#8217;un m&#8217;a dit un jour : \u00ab Puisque nous buvions en fraternit\u00e9, nous devons gu\u00e9rir en fraternit\u00e9. \u00bb Cela m&#8217;est rest\u00e9. Quand je suis arriv\u00e9 en r\u00e9tablissement, voir des gens qui avaient construit des vies au-del\u00e0 de la d\u00e9pendance m&#8217;a donn\u00e9 de l&#8217;espoir. Les regarder avancer, tr\u00e9bucher, se relever et r\u00e9essayer, cela m&#8217;a fait me sentir normal dans un endroit anormal. Certains m&#8217;ont inspir\u00e9, certains m&#8217;ont d\u00e9courag\u00e9, mais tous refl\u00e9taient des parties de moi-m\u00eame. Le bien, le mal, le bris\u00e9.      <\/p>\n<p>Peut-\u00eatre ai-je eu de la chance de trouver les gens que j&#8217;ai trouv\u00e9s, ceux qui m&#8217;ont pouss\u00e9 vers l&#8217;avant, qui ont rendu les choses plus faciles. Mais en fin de compte, le choix m&#8217;appartenait toujours. Je pouvais sortir du r\u00e9tablissement inchang\u00e9, ou je pouvais embrasser l&#8217;exp\u00e9rience et en tirer des le\u00e7ons. Je l&#8217;ai trait\u00e9 comme l&#8217;\u00e9cole : la connaissance ne me fera pas de mal. On dit que si vous vous tenez assez longtemps devant une \u00e9glise, vous entendrez un sermon. C&#8217;\u00e9tait mon approche. Je ne cherchais pas le changement, je cherchais une lentille diff\u00e9rente.      <\/p>\n<p>L&#8217;une des parties les plus difficiles de la sobri\u00e9t\u00e9 n&#8217;\u00e9tait pas le sevrage, la culpabilit\u00e9 ou m\u00eame la peur, c&#8217;\u00e9tait d&#8217;essayer de vivre une vie normale. J&#8217;ai d\u00fb r\u00e9apprendre \u00e0 appr\u00e9cier les choses que j&#8217;avais n\u00e9glig\u00e9es pendant des ann\u00e9es : lire des livres, jouer au soccer, regarder la t\u00e9l\u00e9vision, \u00e9couter de la musique. La derni\u00e8re fois que je suis devenu sobre, j&#8217;ai coup\u00e9 toutes ces choses, pensant qu&#8217;elles \u00e9taient des d\u00e9clencheurs. Mais j&#8217;avais tort. Le d\u00e9clencheur n&#8217;\u00e9tait pas externe, j&#8217;\u00e9tais la bombe elle-m\u00eame. Et tout couper ne faisait que faire tic-tac la bombe.     <\/p>\n<p>La d\u00e9pendance est un travail \u00e0 temps plein. Elle consomme chaque partie de vous, votre temps, votre \u00e9nergie, vos pens\u00e9es. La sobri\u00e9t\u00e9, d&#8217;autre part, laisse un trou g\u00e9ant. Et dans l&#8217;univers, l&#8217;\u00e9nergie ne meurt pas, elle ne fait que changer de forme. J&#8217;ai d\u00fb rediriger la mienne. J&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 voir les parall\u00e8les entre la d\u00e9pendance et la foi. Le bar est l&#8217;\u00e9glise. La camaraderie, les rituels, la loyaut\u00e9, tout cela refl\u00e9tait la religion. Si j&#8217;avais \u00e9t\u00e9 pr\u00eat \u00e0 boire quotidiennement, pourquoi ne pas prier quotidiennement ? C&#8217;est alors que j&#8217;ai compris ma d\u00e9pendance comme de l&#8217;idol\u00e2trie. Ce n&#8217;\u00e9tait pas seulement une habitude, c&#8217;\u00e9tait un d\u00e9vouement \u00e0 quelque chose qui me d\u00e9truisait.          <\/p>\n<p>Ces r\u00e9alisations ne sont pas venues du jour au lendemain. Elles ont \u00e9t\u00e9 un processus, et elles sont profond\u00e9ment personnelles. Ce qui a fonctionn\u00e9 pour moi pourrait ne pas fonctionner pour quelqu&#8217;un d&#8217;autre. Le r\u00e9tablissement n&#8217;est pas un voyage unique, vous devez trouver ce qui vous parle.   <\/p>\n<p>En cours de route, des phrases simples ont commenc\u00e9 \u00e0 avoir un sens pour moi : Doucement, doucement. Un jour \u00e0 la fois. Dans toutes nos affaires. Contact conscient avec Dieu. Remettre notre volont\u00e9 \u00e0 une puissance sup\u00e9rieure \u00e0 nous-m\u00eames. Ce n&#8217;\u00e9taient plus seulement des mots, c&#8217;\u00e9taient des outils de survie.     <\/p>\n<p>L&#8217;abandon a \u00e9t\u00e9 mon plus grand obstacle. C&#8217;\u00e9tait comme si quelqu&#8217;un me disait : \u00ab Ferme les yeux, fais demi-tour et aie confiance qu&#8217;apr\u00e8s cinq minutes, tout ira bien. \u00bb Un jeu d&#8217;enfant, non ? Mais essayez. C&#8217;est terrifiant au d\u00e9but. Et cela n&#8217;a pas toujours de sens. Mais si vous priez \u00e0 ce sujet, si vous vous asseyez avec cela, cela commence \u00e0 le faire.      <\/p>\n<p>Je croyais que tout \u00e9tait soluble si j&#8217;essayais assez fort. Cette croyance devait mourir. Je devais l\u00e2cher prise et remettre cela \u00e0 quelque chose de plus grand que moi. Maintenant, je remets tout \u00e0 Dieu tel que je le comprends, des plus grandes luttes, comme mes finances, aux plus petites choses, comme le fait que la lumi\u00e8re dans ma chambre fonctionne ou non. Parce que si je ne le fais pas, tout sera mon probl\u00e8me.    <\/p>\n<p>Je fais mes 50 % et je passe \u00e0 autre chose.<\/p>\n<p>Ce voyage ne m&#8217;a pas appris \u00e0 survivre, il m&#8217;a appris \u00e0 vivre. C&#8217;est \u00e9trange, n&#8217;est-ce pas ? Comment puis-je \u00eatre le plus heureux que j&#8217;aie jamais \u00e9t\u00e9 pendant l&#8217;une des p\u00e9riodes les plus difficiles de ma vie ? Tout se r\u00e9sume \u00e0 une chose : l&#8217;espoir. L&#8217;espoir que je peux \u00eatre meilleur. Un meilleur fils, oncle, fr\u00e8re, ami et cousin. L&#8217;espoir que je peux enfin \u00eatre pr\u00e9sent pour les personnes que j&#8217;aime, non seulement physiquement, mais aussi spirituellement.      <\/p>\n<p>Pendant longtemps, j&#8217;ai lutt\u00e9 avec l&#8217;acceptation &#8211; des autres, de moi-m\u00eame, de ma situation. Mais maintenant, j&#8217;ai fait la paix avec qui je suis. J&#8217;ai arr\u00eat\u00e9 d&#8217;essayer d&#8217;imposer ma volont\u00e9 \u00e0 la vie et j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 m&#8217;abandonner autant que possible. J&#8217;accepte mes \u00e9motions, n\u00e9gatives comme positives, et je les remets \u00e0 Dieu. Au lieu de me perdre dans des pens\u00e9es sans fin, je me concentre sur mes sentiments, car les pens\u00e9es peuvent \u00eatre chang\u00e9es, mais les sentiments doivent \u00eatre reconnus.    <\/p>\n<p>Je croyais autrefois que si je r\u00e9parais tout autour de moi &#8211; le travail, les relations, les finances &#8211; je me sentirais enfin complet \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur. Mais j&#8217;ai appris que cela fonctionne dans l&#8217;autre sens. R\u00e9parer l&#8217;int\u00e9rieur est la seule fa\u00e7on de vraiment changer l&#8217;ext\u00e9rieur. Le simple fait de pouvoir m&#8217;asseoir avec ma famille sans me sentir comme un probl\u00e8me est une preuve suffisante de ma gu\u00e9rison.   <\/p>\n<p>Je ne laisse plus les gens voler ma paix. Le seul qui a le pouvoir de me tenir \u00e9veill\u00e9 la nuit est Dieu, car c&#8217;est Lui qui prend soin de tout le reste. <\/p>\n<p>\u00c0 plusieurs reprises, j&#8217;ai craint que cette nouvelle version de moi soit trop diff\u00e9rente. Que je me perdrais. Que je deviendrais passif, faible, quelqu&#8217;un que je ne reconna\u00eetrais pas. Mais ces pens\u00e9es ne durent plus longtemps car, quelle importance ? Il n&#8217;y a qu&#8217;un seul moi, et Dieu m&#8217;a cr\u00e9\u00e9 avec un but. C&#8217;est la seule identit\u00e9 qui compte.     <\/p>\n<p>Il existe une statistique qui dit que seule une personne sur dix reste sobre apr\u00e8s la r\u00e9habilitation. Peut-\u00eatre que c&#8217;est vrai, peut-\u00eatre que non &#8211; je ne sais pas. Mais cela ne signifie rien pour moi. Car il n&#8217;y a qu&#8217;un seul moi, et c&#8217;est la seule statistique qui compte.   <\/p>\n<p>Je ne sais pas o\u00f9 ma vie ira \u00e0 partir d&#8217;ici. Je n&#8217;ai encore \u00ab r\u00e9ussi \u00bb en rien. Mais je sais ceci : je suis reconnaissant. Je suis reconnaissant d&#8217;avoir une autre chance de vivre. Et pour cela, je remercie Dieu.    <\/p>\n","protected":false},"template":"","class_list":["post-15969","story","type-story","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/beta.aa-intergroup.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/story\/15969","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/beta.aa-intergroup.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/story"}],"about":[{"href":"https:\/\/beta.aa-intergroup.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/story"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/beta.aa-intergroup.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15969"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}